Seniors LGBTQIA+ : vers une politique inclusive dans les soins aux personnes âgées

Certes, notre société est plus ouverte que jamais, mais le genre et l’orientation sexuelle restent encore des sujets sensibles. D’autant plus dans le secteur des soins aux personnes âgées, où ces questions sont trop souvent passées sous silence. Rencontre avec Maggy Doumen, militante convaincue qui s’engage sans relâche avec l’ASBL Rainbow Ambassadors pour faire évoluer les mentalités.
Maggy, vous êtes l’un des moteurs de l’association Rainbow Ambassadors. À ce titre, vous agissez pour faire accepter l’identité de genre et la diversité sexuelle des seniors LGBTQIA+ dans le secteur des soins aux personnes âgées. Ce combat est-il une nécessité ?
« Oui, malheureusement. Le vieillissement de la population est une réalité, cela vaut aussi pour la communauté LGBTQIA+. Or, une partie de ces personnes vit en maison de repos ou en résidence pour personnes âgées, d’autres bénéficient de soins à domicile. Mais comme la sexualité et les questions intimes restent des sujets tabous, ces seniors LGBTQIA+ n’osent pas s’exprimer, être simplement eux-mêmes, alors ils mettent leur identité “au placard”, ils taisent leur orientation sexuelle. »
Cette réalité est préoccupante. Comment l’expliquer ?

« Force est de constater que la plupart des seniors LGBTQIA+ ont vécu à une époque où leur orientation sexuelle était impensable. Moi-même, j’en ai fait l’expérience, puisque j’ai d’abord été mariée à un homme. Il m’a fallu beaucoup de temps pour réaliser que j’étais lesbienne, trouver le courage d’en parler ouvertement et mettre fin à mon mariage.
Beaucoup de seniors connaissent un parcours similaire, sans jamais trouver la force d’un second coming-out, au moment où ils entrent, par exemple, en maison de repos. Il arrive même qu’ils cachent les photos de leur partenaire ou évitent les conversations sur leur passé, car ils craignent de ne pas être acceptés. Ils veulent se sentir chez eux, ne pas être exclus ou traités différemment. Cette situation est d’autant plus douloureuse que les personnes âgées, qui arrivent en maison de repos, ont vraiment besoin de créer un (nouveau) réseau social. »
Comment peut-on changer la donne ?
« Avant tout, il faut développer une culture de l’acceptation de la diversité de genre et de l’orientation sexuelle dans les soins aux personnes âgées. Mais comment accepter quelque chose dont on ignore… l’existence ? C’est le cœur de notre intervention dans les maisons de repos : informer. Car de nombreuses personnes ne savent pas exactement ce que signifie LGBTQIA+ ; voilà pourquoi nous parlons de “seniors arc-en-ciel”, une forme plus accessible. Bien entendu, nous ne nous adressons pas uniquement aux résidents, notre message vise aussi le personnel et la direction. Par ailleurs, nous donnons cours aux étudiants en soins de santé et en sciences infirmières, car ce sont eux qui feront la différence demain. »
Dans les soins aux personnes âgées, il faut développer une culture capable d’accepter la diversité de genre et l’orientation sexuelle.

Pouvez-vous illustrer votre action avec un exemple concret ?
« À la demande d’une maison de repos anversoise, nous avons mené une action pour familiariser les résidents avec les “seniors arc-en-ciel”. Concrètement, nous avons organisé des réunions pour les soignants, dialogué avec les résidents et créé un projet commun, à savoir la participation à l’Antwerp Pride. Lors de la dernière Antwerp Pride, les résidents ont paradé, suscitant le soutien et les applaudissements des spectateurs. Une belle manière d’afficher leur solidarité !
Autre exemple, notre manifeste de 2021 a été signé par la Ville de Gand, qui l’applique désormais à ses services locaux et à ses maisons de repos. Parmi les cinq points du manifeste, il y a, entre autres, la demande d’introduire une clause de non-discrimination, mentionnant explicitement notre public cible. C’est capital, car cela permet un contrôle et un suivi des infractions dans toutes les institutions de soins aux personnes âgées. »
Lorsque la prochaine génération entrera en maison de repos, un changement est-il vraiment possible ?
« Sincèrement, je l’espère. Force est de constater que l’intolérance gagne de nouveau du terrain. Il y a encore beaucoup de méconnaissance, que seules l’information et la sensibilisation peuvent battre en brèche. Un changement de mentalité reste indispensable ! La Belgique dispose d’une législation relativement avancée en la matière : les personnes LGBTQIA+ peuvent, par exemple, se marier, adopter plus facilement, les co-parents disposent de droits similaires aux autres, une nouvelle loi sur les personnes transgenres a été adoptée, etc. Tout cela est très positif, mais quels efforts ont été nécessaires pour faire comprendre ces évolutions au grand public ? Il n’existe aucun programme en ce sens. Voilà pourquoi une profonde réforme est nécessaire, surtout aujourd’hui. Et, dans ce sens, l’enseignement joue un rôle crucial. »
